Nous vous proposons aujourd’hui d’aborder le sujet de la pointure et d’essayer de répondre à cette question qui peut sembler anecdotique et qui pourtant du point de vue des podologues n’est pas un phénomène rare ou isolé mais bien une réalité de notre quotidien de spécialistes des pieds.
Les patients viennent dans la grande majorité pour des pathologies d’avant-pied. Déformations d’orteils, hallux valgus, cors, durillons et ongles incarnés sont les principales conséquences d’une pointure insuffisante.
Pour établir un point de départ, nous allons définir ce qu’est la pointure.
Le Larousse propose cette définition :
» Longueur, mesurée en points, d’un pied, d’une forme ou d’une chaussure, d’une main ou d’un gant. »
La pointure ne tient compte que de la longueur de votre pied. Pourtant tout les pieds mesurant la même longueur ne pourront pas s’adapter tous aux mêmes chaussures et pointures et c’est malheureusement cette longueur qui fait trop souvent défaut. Cela peut paraitre étonnant mais lorsque une large proportion de personnes est concernée par ce phénomène et pour des raisons parfois très différentes, ça interroge…
Pour choisir une pointure les chausseurs ont toujours eu recours à des pédimètres qui indiquent le plus souvent une seule information: la pointure. En France, nous utilisons le système Européen qui correspond au point français.
Il est une réalité à déplorer, c’est la disparition de nombreux magasins de chaussures. Si on se rappelle il y a encore 30 ans, parents et enfants se rendaient au magasin de chaussures. On se faisait mesurer les pieds et c’était l’occasion de vérifier la pointure. On essayait les chaussures, on comparait les sensations et évaluait le confort des chaussures testées.
Les choses ont depuis largement évolué. Certes certain.e.s bénéficient de la proximité de chausseurs et ont les moyens d’investir dans des chaussures de bonne qualité et de bénéficier d’un choix de modèles directement en boutique mais pour la majorité des familles les modes de consommation ont évolué au profit de l’achat sur internet ou en seconde main. Le choix est toujours plus grand, les prix parfois très attractifs mais une réalité se fait, nous ne mesurons plus les pieds.
Or s’attribuer une pointure en pensant que si la chaussure précédente était du 35, c’est qu’il faut naturellement acheter du 36 n’est pourtant pas toujours vrai. Ce serait ok si l’on ne changeait pas de modèles. Or, ils sont rares les gens qui investissent toujours dans les mêmes modèles. Vous vous exposez ainsi à un potentiel mauvais choix de pointure.
Il est donc important de transmettre les techniques pour évaluer votre pointure et c’est d’autant plus un enjeu important quand on a des enfants. Je vous propose de vous la lecture d’un autre article vous donnant quelques astuces pour évaluer correctement votre type de pied et les techniques de mesure du pied. ICI
Nous sommes nombreux à mal évaluer nos besoins et à fixer une pointure idéale, les podologues ne faisant pas exception et cela pour une raison simple. C’est que nous n’avons pas toujours conscience du phénomène en jeu dans la survenue de pathologies podologiques courantes.
Lors du premier essayage nous sommes capables de nous rendre compte quand la chaussure est manifestement trop petite. Pour les chaussures plus rigides, cela va vite se faire ressentir. Dans une chaussure souple, c’est tout de suite plus subtil. Porter des baskets un peu petites finalement si la paire est appréciée et/ou la personne n’a pas d’autres options c’est beaucoup moins embêtant à supporter. Les enfants puis les adultes qu’ils vont devenir, s’habitueront à une position de l’avant pied modifiée et développeront une réponse posturale unique en fonction du mode de vie qu’ils vont avoir et de leur environnement. Pour faire simple notre pied (la musculature et l’ossature) va s’adapter . Avec le temps cela va engendrer différents types de déformations liées à notre anatomie de départ .
Les raisons anatomiques
Certaines morphologies sont plus facilement concernées que d’autres, mieux cerner les morpholgies prédisposées permet de gagner un temps considérable et de mieux cibler les recherches de marques adaptées.
Le cas des pieds fins
C’est l’explication qui semble la plus évidente et c’est aussi celle qui revient le plus souvent en consultation .Quand on évoque un pied fin on parle principalement deux types de pieds :
* Nous avons les pieds qui du point de vue des dimensions et du volume osseux et graisseux vont être dans les valeurs les plus basses. Peu de volume, peu de largeur associés à un cou-de-pied bas vous avez le combo gagnant du vrai pied fin qui flotte à peu près dans toutes les chaussures à la bonne pointure.
* L’arrière pied fin
Comprenant un combo composé d’un talon étroit et d’un cou-de-pied bas. Ils peuvent ressembler aux Vrais pieds fins à la nuance près que l’avant du pied lui ne l’est pas. Le choix d’une pointure inférieure va alors poser des problèmes bien plus rapidement.
Un pied fin va naturellement ressentir une absence d’ajustement et être contraint de choisir une pointure inférieure c’est la raison la plus commune que je côtoie en consultation. C’est une vraie difficulté de se chausser notamment l’été ou la plupart des sandales standards peuvent poser un problème d’ajustement.
Le cou-de-pied bas
Le cou-de-pied désigne la hauteur de la voute plantaire du pied vu de l’intérieur. Lorsque le naviculaire qui est l’os au sommet de la voûte est trop bas , on désigne généralement le pied plat dont la gravité peut largement varié.
Le pied peut s’effondrer vers l’intérieur et être désigné ainsi par le terme VALGUS.
Le cas des pieds égyptiens
Les pieds égyptiens se caractérisent par la prédominance en longueur du gros orteil (l’hallux) qui se place souvent loin devant le dernier petit orteil ( le quintus). On observe alors que la pente très raide des orteils comme sur la photo suivante, avantage surtout si cette morphologie est associée à un faible volume global comme la plupart des exemples de pieds égyptiens proposés au-dessus. Dans la chaussure, les orteils se resserrent et sur cette morphologie il y aura moins d’impact puisque que chacun à une longueur différente. Le gros orteil pourra alors aisément se rabattre sur ses voisins.
L’ajustement
Pour de multiples raisons, nous avons besoin de sentir que la chaussure accompagne le pied dans ses mouvements. De manière assez commune est largement repris et employé par nombreux professionnels, nous parlons de maintien. Le maintien provient de cette croyance que la chaussure devrait agir comme un attelle. Pied, cheville maintenue droit comme un i sur la semelle de la chaussure.
Quand on parle de maintien, on parle d’aligner la plante du pied (lors du déroulé du pas) à la semelle de la chaussure. Plusieurs éléments constituants la chaussure permettent de moduler cet effet : le contrefort et la semelle ( son épaisseur , drop, talon…) et le système de serrage (lacet, scratch, bride , élastique…).
L’ajustement est une notion un peu différente. Elle s’explique par la façon de resserrer et régler la chaussure au volume du pied. Les éléments constituant de la chaussure sont alors différents du maintien. Les lacets, scratchs, lanières , lacets élastiques… il en existe même de plus originaux.
L'ajustement : comparaison de deux modèles au système de serrage différent
Les lacets :
Pour les pieds fins et pour d’autres, il est intéressant d’observer certains comportements surprenants. Nous avons tous déjà rencontré des personnes aux lacets toujours très tirés et qui se retrouvent avec des kilomètres de lacets en trop. Ce comportement est rarement un choix car très souvent jugé inesthétique.
La pointure inférieure va donc apporter l’ajustement qu’il manque en réduisant le volume disponible de la chaussure. Cela va permettre d’adapter la largeur et le volume du chaussage intérieur à leur besoin, à leur sensation.
Pour conclure, la sensation d’être bien ajusté en revient souvent à une raison anatomique comme vue dans la partie précédente. Mais ce besoin s’inscrit dans une habitude et un comportement parfois un peu compulsif de se sentir serré et d’avoir la chaussure parfaitement accroché au pied.
La perception négative de soi
Les grandes pointures et les grands pieds déplaisent ou peuvent parfois provoquer le dégout des plus sensibles. On peut retrouver le même rapport avec les vêtements. Nombreuses sont les personnes à ne pas vouloir acheter de grandes tailles et correspondre au fantasme du petit et fin. Inconsciemment nous traduisons une pression liée à des visions du corps socialement établies et assez communes autour de la peur du grand mais surtout du GROS.
C’est dommage mais tellement courant d’entendre la peur de certains d’avoir un pied qui s’élargit en choisissant mal ses chaussures ou en portant des baskets…
C’est au professionnel de santé de rassurer le patient et de transmettre les informations correctes au sujet du corps tout en restant à l’écoute et la prévention et ainsi de proposer peut être des compromis si la discussion est ouverte.
La croissance rapide
Chez le bébé, l’enfant et l’ado, la croissance du pied va être extrêmement rapide puis ralentie tout en continuant d’évoluer durant la vie entière.
Il est extrêmement courant d’observer des enfants avec 2-3 pointures en moins sans que le parent s’en soit aperçu, guidé par des informations pas toujours claires transmises par les enfants.
- Il n’est pas évident de vérifier les pointures d’un enfant et des bébés.
- Pour les enfants peut tout à fait plier/resserrer ses orteils, cette position gênante pour certains sera parfois pas ou peu ressentie par certain car pas nécessairement douloureuse. Pourtant sur le long terme cela engendrera des déformation
- Certain type de pied (pied fin, faible volume, longueur des orteils, valgus…)
Pour les plus grands, la croissance par poussée est parfois si spectaculaire qu’on peut parfois avoir du mal à suivre tant la rapidité des changements dépassent parfois même les capacités financières de certaines familles. Que ce soit une question d’argent ou pas, nous avons tous du mal a se débarrasser d’une paire de chaussure en bon état. Que ce soit les enfants ou les parents d’ailleurs!
Un bel exemple chez un enfant :
Ce garçon de 12 ans qui portait quasiment 4 pointures en dessous et qui consultait pour de grosses douleurs aux talons. Après constatation des déformations très avancées pour un enfant, les mesures de ses pieds ont révélés des chaussures beaucoup trop petites. Au vue de l’évolution des déformations, cet enfant a majoritairement marché avec des chaussures trop petites.
Un an après, il était fier de porter des chaussures à la pointure de ses grands frères qui sont des géants tout comme lui. On voit des orteils destinés à des déformations graves se détendre et surtout plus de douleurs.
La solution était pourtant simple: lui mesurer ses pieds 🙂
Les différences de pointures selon les marques
Chaque marque, chaque modèle aura un sizing différent. Si vous avez toujours du mal à cerner votre pointure, c’est bien de mesurer ses pieds et de s’en servir comme base de référence et de s’en remettre aux informations transmises par la marque.
L’achat sur internet comporte le risque que pour chaque chaussure achetée vous ayez un résultat approximatif. Les faits sont la, nous achetons énormément et via internet que ce soit neuf ou de seconde main. Nous sommes autant d’hommes et de femmes qui reconnaissent avoir des dizaines de paires de chaussures mais de n’être à l’aise pour marcher que dans 2-3 paires.
Mis à part dans le cas où vous connaissez la marque et le modèle vous n’avez aucune garantie que votre achat sera réussi.
La modernisation
J’entends par modernisation plusieurs problématiques : l’évolution des systèmes de production , du prix des marchandises mais aussi de l’arrivée de la digitalisation de nos achats . Tout ces changements ont amené une évolution dans nos comportements et à un désintérêt des consommateurs pour obtenir des informations sur la bonne façon de choisir ses chaussures.
La plupart d’entre nous achetons nos chaussures sur internet et nous faisons de même dès lors que nous avons des enfants. Les informations sur les grands sites ne permettent pas de choisir une chaussure avec des informations précises. Si vous allez en boutique, à part dans quelques spécialisées, où vous aurez un accompagnement dans vos choix , vous serez face à des vendeurs qui ne connaissent rien à la calcéologie , vous en parlez aux professionnels de santé il.elle vous donnera des informations généralistes et prudentes parfois complètement dépassées mais rarement qui se baserait sur des informations solides ou des études scientifiques récentes. La seule raison c’est qu’il n’existe à l’heure actuelle plus aucune formation digne de ce nom à la calcéologie prenant en compte le pied et l’impact du chaussant sur la biomécanique.
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