Quelle est la hauteur de talon idéale?

Aujourd’hui le site chaussetoi.com a l’honneur d’inviter une consœur pédicure-podologue:

Mélanie Lejeune

Elle nous fait le plaisir de partager le fruit de ses recherches réalisées dans le cadre de la rédaction de son mémoire de fin d’étude.

Le sujet traite évidement de la chaussure mais aborde une question souvent posée : Quelle est la hauteur de talon idéale?


En tant que pédicure-podologue, le chaussant fait partie intégrante des conseils que nous devons donner à nos patients. Et concernant les chaussures, la question : «Quelle hauteur de talon est idéale?» est fréquente.
A ce jour, les études concernant les effets néfastes des talons hauts sont nombreuses :

Ils ne sont pas recommandés afin :

  • de limiter les surcharges sur l’avant du pied
  • d’éviter les conséquences éventuelles aux étages supérieurs.

Mais qu’en est-il des petits talons (1-2cm) ou des talons moyens (4-5cm) ? Quand certains articles conseillent de ne pas porter de chaussures plates; d’autres évoquent les bienfaits de la marche à plat.
L’idée d’analyser tous ces avis m’est alors venue : c’est parti pour un résumé de toutes ces recherches !


Dans un premier temps, qu’en pensez vous ?

Les avis de patients que j’ai pu recueillir lors d’échanges en consultation sont comparables au panel des lectures sur le sujet auxquelles nous avons tous accès.
La majorité des propos que l’on peut lire, en cherchant sur différents moteurs de recherche : « quelle hauteur de talon choisir » ou « hauteur de talon idéale », recommandent un minimum de talon.
La hauteur conseillée est variable : entre 2 et 7cm, ce qui laisse le choix.
D’autres articles nuancent beaucoup plus leurs conseils, parfois en incluant l’aspect esthétique et/ou pratique : tout dépend de la tenue du jour et de l’occasion !

2cm, de 2 à 5cm, 4cm, de 2 à 6cm, 5 ou 6cm, de 4 à 7cm….
Sur la dizaine de sites que l’on peut facilement consulter, aucun ne donne la même valeur ou les mêmes arguments pour justifier son affirmation.
En conclusion, il est facile de se perdre face à toutes ces informations souvent contradictoires. Certains arguments sont acceptables mais d’autres contestables et non justifiés. Le fait de ne pas pouvoir obtenir de
réponse universelle est évoqué…même si tout le monde s’accorde à dire que, pour un usage quotidien, les talons hauts sont à éviter (mais ça, on le savait !)


Dans un deuxième temps, que pensent les podologues?

L’idée de poser un questionnaire au sein même de notre profession m’a semblé intéressant. Et une centaine de réponses plus tard, la conclusion est semblable : les avis divergent.
– 83% des pédicures-podologues invitent au port d’un talon minimum de 2 à 4 centimètres.
– 12% invitent à marcher à plat.
– 5% regroupent d’autres valeurs minoritaires non retenues

Mais quels sont les arguments donnés comme justificatifs ?

  • D’un coté, porter un minimum de talon :

1. Permet le respect de la dénivellation naturelle entre avant et arrière pied.
La tonicité du triceps sural, muscle de la loge postérieure de la jambe, engendre un dénivelé physiologique au niveau du pied. Le fait de placer un petit talon va donc dans le sens du respect de ce dénivelé.
2. Permet l’égalisation des appuis avant-arrière pied.
D’après l’étude d’une pédicure-podologue publiée dans la Revue du Podologue, (VAUCLIN, 2011) une talonnette de 2 centimètres égalise les appuis entre avant et arrière pied. Ainsi, on retrouve 50% arrière -50% avant contrairement à 60% arrière – 40% avant pieds-nus.
3. Permet la détente de la chaîne postérieure, sans risquer la rétractation.
D’un point de vue biomécanique, le fait de placer une talonnette provoque une extension de cheville. Cette manœuvre engendre alors un rapprochement dans les insertions du triceps sural sans qu’il se contracte. Le rapprochement des fibres musculaires, allant à l’encontre de leur étirement, entraîne ainsi une détente de ce muscle. Il en résulte un relâchement de la chaîne postérieure.Mais attention !! Lors d’un port de talons hauts quotidiens, on observe un risque de rétraction du tendon. Les muscles du mollet s’adaptent à cette position du pied en extension et un retour à plat devient difficile voire
impossible. (BRUN, 2016)
4. Améliore le déroulé du pas et facilite la biomécanique de la cheville.
Au cours de la marche le roulement talonnier permet l’abattement du pied au sol, juste après le contact
initial, lors de l’attaque du pas.
L’hypothèse d’une anticipation de la réaction au sol permise grâce au drop peut être faite. Ainsi, l’abattement
du pied se fait plus rapidement et le travail des muscles releveurs du pied est diminué. (LEURION, 2011) Le
déroulé du pas se trouve alors facilité.
5. Améliore le retour veineux.
Durant la marche, le retour veineux est réalisé grâce à de nombreux systèmes. Parmi ces derniers : un effet
de pompage est engendré par le travail musculaire du mollet, donc du triceps sural, qui comprime les veines.
L’hypothèse d’un respect du dénivelé du pied, engendrant un respect de la fonction du triceps sural et donc
un retour veineux physiologique, pourrait donc être évoquée.
6. Respecte le centre de gravité.
7. Assure un respect des courbures de la colonne vertébrale.
8. Assure une bonne statique globale.
Aucuns écrits trouvés concernant les justifications regroupées ci-dessus.

  • D’un autre coté, il faut marcher à plat :

1. Afin de se trouver dans la position la plus naturelle possible.
Rien à ajouter à cet argument… A l’origine nous sommes faits pour marcher pieds-nus, pourquoi contrarier nos pieds ; notre statique ; une répartition des appuis naturelle ? Les questions sont posées.
2. Pour ne pas modifier le centre de gravité.
Une réflexion menée sur le port de chaussures « usuelles », dont la question de départ était de savoir si les chaussures modifient ou non l’équilibre postural*, apporte la conclusion que les talons entraînent un déplacement du centre de gravité vers l’avant. (SPITZ et VILLENEUVE, 2000)
* Fonction qui permet le maintien de la position des segments corporels les uns par rapport aux autres à un moment donné, résultant d’une activité musculaire permanente, et ce en dépit des circonstances contraires qui tendent à la perturber. (PELISSIER, 1993)
Le détail du protocole ne sera pas précisé ici mais est important de noter que plusieurs mesures ont été effectuées pour chaque patient. D’abord pieds-nus et ensuite avec leurs chaussures. La hauteur exacte des talons n’est malheureusement pas précisée. « Les chaussures comportaient toutes des talons plus ou moins hauts, les hauteurs étaient variées». Cependant, ayant été qualifiées de chaussures « usuelles », on peut s’attendre à de grandes et petites hauteurs de talons.
Diverses analyses ont été effectuées et de nombreux paramètres ont été mesurés. Pour autant, la conclusion reprend seulement les différences très significatives relevées sur l’axe antéro-postérieur: le fait de porter des chaussures à talons, qu’ils soient plus ou moins hauts, antériorise le sujet.
Par ailleurs, une hypothèse est émise sur le fait que les chaussures, en projetant les sujets vers l’avant, ont leur part de responsabilité dans les douleurs du rachis car favorisent les contraintes musculaires et discales.
D’après ces observations une dernière question peut être posée. Les talons, responsables d’une antériorisation, provoquent une tension de la chaîne postérieure. Or un des objectifs du drop, évoqué précédemment, est de détendre la chaîne postérieure. Dans notre exemple la détente est permise grâce à une élévation qui provoquerait une antériorisation et donc une tension nouvelle.
L’objectif perd alors tout son sens et peut être contesté.
3. Pour ne pas entraver la fonction du retour veineux.
Lors d’un problème de retour veineux existant, des chaussures particulières peuvent être recommandées.
D’un côté, des chaussures à « bascule » et d’un autre côté, des chaussures « inversées » avec un avant-pied plus élevé que l’arrière. Dans les deux cas ce type de chaussant favorise le travail du triceps sural et donc de la pompe musculaire du mollet. Il est donc difficile de lier l’utilité d’un petit talon au retour veineux face à ces observations.
Beaucoup d’études expliquent les méfaits du port de talons hauts sur le retour veineux mais aucune étude n’a été trouvée à propos des talons bas. Il me paraît compliqué d’avancer une réponse concernant le retour veineux et les petits talons, seules des hypothèses peuvent être énoncées.
4. Afin de conserver l’amplitude de mobilité au niveau de la cheville.
L’hypothèse qu’un talon contrarie le déroulé du pas peut également être avancée. La cheville en talon, peu importe la hauteur de ce dernier, se trouve en extension permanente obligée et subit une restriction de mobilité. Le mouvement ne peut plus être réalisé dans sa totalité étant donné qu’un positionnement est imposé à la base. Or au cours de la marche, la cheville réalise alternativement plusieurs mouvements
d’extension et flexion. Avec cette hypothèse le déroulé du pas physiologique en est alors perturbé.


Du coup , que faut-il en retenir ?

Au vu de toutes ces constatations, nous pouvons dire qu’il est probablement impossible d’obtenir une réponse universelle. Tous les arguments peuvent être discutés et mis en opposition entre eux. D’autres éléments ne sont certainement pas évoqués.
Malgré tout, la majorité des avis relevés auprès du grand public coïncide avec ceux de 83% des pédicures-podologues qui conseillent un minimum de hauteur. Et ce même si cette opinion est contestée par quelques professionnels dont les arguments sont aussi recevables.
La plupart du temps, les patients qui nous consultent présentent un motif de consultation. Qu’il soit pédicural ou podologique, ce motif rend régulièrement nécessaire l’apport de conseils au niveau du chaussant. Dans ces cas-là, il nous est donc aisé de décrire les critères d’une chaussure idéale qui correspondrait le mieux à
notre patient et ses troubles. Le ressenti du patient étant évidemment à prendre en compte.
Par contre, il semble beaucoup plus difficile de trouver un accord sur une hauteur de talon idéalement conseillée en l’absence de pathologie.
Chacun est unique. La meilleure solution reste de porter la hauteur avec laquelle on se sent le mieux ; porter une chaussure qui respecte évidemment les critères d’un bon chaussant. Tout en alternant les modèles.
Si l’on présente une pathologie particulière, l’avis d’un pédicure-podologue s’avère utile et/ou nécessaire.
N’oublions pas que les pieds nous supportent toute la journée et nous servent de pilier !
Mélanie LEJEUNE
SOURCES
BRUN, Gérard. « Conséquences orthopédiques du port de chaussures à talons hauts » [en ligne]. 2016.
Disponible à l’adresse : https://aixlesbains.ufcquechoisir.fr /wp-content/uploads/sites/49/2016/12/Con%C3%A9quences-orthop%C3%A9 diques-du-port-de-chaussures-%C3%A0-talons-hauts.pdf
LEURION, David. « Etude de l’influence de la chaussure sur la foulée. » [en ligne]. 2011. Disponible à l’adresse : http://monpododusport.fr/etude_ foulees.pdf
MENOU, Carine. Historique et symbolique de la chaussure. Biomécanique du pied dans la chaussure. I.F.P.P.
Rennes. 2016.
NISAND, Michaël. La chaîne postérieure : plan superficiel et La chaîne postérieure : plan profond.
[photographies] Dans : Wikipédia. « Chaîne musculaire » [en ligne]. s.d. Disponible à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEne_musculaire
PELISSIER, Jacques, BRUN, Vincent, ENJALBERT, Michel. Posture, équilibration et médecine de rééducation. Masson, 1993. 304 pages. Page 1.
SPITZ, Pascal et VILLENEUVE, Philippe. « Le port de chaussures modifie-t-il l’équilibre postural » [en
ligne]. 2000. Disponible à l’adresse: http://www.posturologie.asso.fr/API/Parutions_files/chaussure%20Villeneuve.pdf
VAUCLIN, Myriam. Variations des pressions plantaires sous l’avant-pied par modification de hauteur de l’assise talonnière. Revue du podologue n°42. 2011. Pages 21, 22, 23.

Encore un grand merci à Mélanie pour ce partage! Et pour vous quelle est VOTRE hauteur de talon idéal ?

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